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Mise à jour: 20 février 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON JARDIN D'OMBRE

 

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Les Walkyries

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La Jeanne

 

 

LES WALKYRIES 

 

Ma prime enfance je l'ai passée dans le calme, la joie, la beauté.

Hélas, à neuf ans, tout a changé: la guerre venait d'être déclarée.

                   Les Walkyries

                    Au firmament

                                       Telles des Furies

                                                 Courent dans le vent

                                       Bruit infernal

                                       Dur et brutal

                    Qui fait trembler

Le monde entier.

Un jour l'ennemi est apparu saccageant tout sur son passage.

La peur au ventre, j'ai vécu comme chaque enfant de mon âge.

Il fallait se méfier de tout.  La délation faisait fureur.

Le danger, la mort étaient partout.  Notre vainqueur était un tueur.

La faim finit par s'installer.  Le beurre était pour l'étranger.

Pour nous rutabagas, orties, topinambours et nouilles bouillies.

L'hiver, nous avons grelotté: plus de tissus, plus de charbon.

Au matin, notre souffle gelé frangeait les draps et l'édredon. 

                   Les Walkyries

                    Au firmament

                                       Telles des Furies

                                                 Courent dans le vent

                                       Bruit infernal

                                       Dur et brutal

                    Qui fait trembler

Le monde entier. 

En moi la haine s'est installée qui devait durer des années.

Un enfant, c'est fait pour aimer, certainement pas pour détester.

Cinq ans plus tard, tous nos alliés sont venus pour nous délivrer.

Mille bombes, mille obus sont tombés. C'est le prix qu'il fallait payer.

Plus d'un demi-siècle est passé. Il m'arrive encore de trembler.

Bien sûr, depuis, j'ai pardonné. Mais je ne peux pas oublier.

 

Si mon coeur est tellement triste,

C'est que les hommes n'ont rien compris.

Partout au monde, la guerre existe.

C'est le triomphe des Walkyries.

Novembre 1996

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La Jeanne

 

 

Quand ton esprit a basculé, ton univers s’est écroulé.

Tes amies t’ont abandonnée, puis ta famille t’a oubliée.

Cherchez une muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

Seule. Si seule.  Sans amour, tu as traîné ta misère.

Nuit après nuit.  Jour après jour.  Sans rancune ni colère.

Cherchez une muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

 

Ton médecin t’a expliqué tous les bienfaits de l’hôpital:

Tu y trouverais l’amitié.  Pour toi, ce serait l’idéal.

Donnez une muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

Tu acceptes d’être admise dans l’unité de psychiatrie.

Tu es toujours incomprise.  Une fois de plus, on t’a trahie.

Donnez une muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

Ils font semblant de t’écouter.  Ils font semblant de t’aimer.

Toi, tu sais que tu n’es rien.  Pas plus importante qu’un chien.

Passez-lui la muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

Quand tu cries ta solitude, ils forcent les médicaments.

Alors tu prends l’habitude de cacher tous tes tourments.

Ajustez la muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

Bien sûr être ET ne pas être, c’est là toute la question.

Un grand saut par la fenêtre peut être la solution

Serrez fort la muserolle:

La Jeanne est devenue folle!

 

Un midi après dîner, tu t’es décidée à sauter.

Plus besoin de muserolle:

Pauvre Jeanne n’est plus folle!

 

Août 1988

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