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PIN-UP FAIT SON AUTOPORTRAIT |
P.17 « Mais oui, elle est belle, dit
mon nouveau maître. Regarde comme elle est fine et bien proportionnée. Et sa
robe est si jolie! »
Vérité pure! Je l'ai déjà dit, je suis toute petite. Ma taille est si fine
qu'elle tient dans les mains de la vieille dame lorsqu'elle joint les pouces et
les inde
x.
Ma tête, du cou au museau, a très exactement la dimension de sa main. Mes pattes
sont si menues qu'elles paraissent fragiles. Par contre, elles sont relativement
longues (vingt centimètres), si bien que je donne l'impression de marcher avec
des talons hauts. C'est ce qui me vaut cet air distingué de mannequin. Quant à
ma robe, elle est noire et tan. Plus précisément, elle est beige avec tous les
tons dégradés du café au lait clair au brun roux chevreuil. Sur mon dos, mes
épaules, mon arrière-train et le dessus de ma queue, la nature a posé une cape
noire lustrée qui s'attache sous mon cou. Je ne sais quel coiffeur céleste s'est
occupé de ma tête, mais son travail est parfait : mes poils sont parsemés de
mèches rousses du plus bel effet. Mes sourcils, mes joues sont tan et le dessus
de mon museau est souligné d'une bande noire méchée accentuant encore sa
finesse. De mes ancêtres chihuahua, j'ai gardé les yeux bruns un peu globuleux
et les grandes oreilles plantées légèrement sur le côté. Je tiens ces oreilles
très droites quand je suis attentive, horizontales quand je suis mécontente, en
arrière quand je suis butée, cassées quand je suis au repos. J'ai aussi gardé le
léger prognathisme fréquent chez le chihuahua. Certains prétendent que c'est une
malformation. Moi, je trouve cela mignon : ces dents avancées et ces deux
petites canines " sanglier " me donnent un air absolument irrésistible, l'air de
toujours sourire. D'un lointain grand-père ratier, à moins que ce soit de mon
père, j'ai hérité une résistance étonnante et l'habitude de me mettre en arrêt
dès que je débusque quelque chose.
Je ne suis pas téméraire. Cependant en cas de danger, je me défends comme un
lion. Néanmoins, je préfère éviter les confrontations. Avec ma taille, c'est
plus sage. Mais quand je suis absolument sûre d'être hors d'atteinte d'un
mauvais coup, je me déchaîne en aboiements féroces pour enlever à l'ennemi toute
envie de recommencer à menacer une brave petite chienne comme moi! Enfin toute
ma personnalité est décrite dans mon appendice caudal. Je ne tiens pas ma queue
entre mes pattes, signe évident de couardise. Je ne la tiens pas dressée comme
un paratonnerre, signe insolent de domination. Je ne la tiens pas pendante et
battante comme une queue de veau, signe d'inconstance et de frivolité. Je ne la
tiens pas inerte et sans vie, signe de passivité. Non, je la tiens joliment
enroulée et, suprême coquetterie, un peu sur le côté, ce qui me donne un air un
peu fripon et indiscutablement optimiste.
J'ai beaucoup de caractère : il est très difficile de me faire changer d'avis.
Ajoutez à cela que je suis un vrai vif-argent, un tantinet comédienne et vous
comprendrez que celui qui voudra être Mon Maître devra être extrêmement brillant
sinon c'est MOI qui serai Son Maître!
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p. 12 (Résumé
:
(...En
ce temps là, je m'appelais Gidoune, nom québécois donné aux prostituées de
basse classe.)
Abandonnée
pour la deuxième fois, Gidoune attend une adoption à la Société Canadienne
de Protection
des Animaux. Un gros berger allemand lui a expliqué l'euthanasie. Elle
est paniquée.)
Et si c'était vrai?
Je suis arrivée ici le vingt et un septembre...
Nous sommes le premier octobre...
Il resterait vingt jours...
Mon Dieu...
Les jours passaient lentement et
cependant si vite. Des chiens venaient, des chiens partaient... En ouvrant
tout grands mes yeux et mes oreilles, je réalisais que le gros berger
allemand ne m'avait pas menti. Quelquefois, les préposés parlaient entre
eux et disaient combien il était dommage que tel ou tel petit chien, si
gentil, ait été
euthanasié. J'étais horrifiée!
Un
matin, un homme grand, fort, est venu, a examiné le berger allemand. Il est allé
trouver une employée et après quelques formalités, a dit : « Allez, mon vieux,
viens. Nous allons faire une bonne équipe tous les deux! » Mon grand copain n'a
eu que le temps de me dire : « Bonne chance, Guidoune!» puis il est parti avec
son nouveau maître. Il avait été adopté. Dix jours avant de...
Nous sommes le dix octobre...
Pour moi, il reste onze jours...
Mon Dieu...s'il vous plaît...
Jeudi dix-sept octobre. Quatre jours avant la fin de mon mois. Je suis de plus
en plus nerveuse. À dix heures, comme chaque matin, les portes s'ouvrent et
laissent passer le flot incessant de maîtres potentiels. Je sais par expérience
que personne n'emmènera la bibitte à poils que je suis. Même cette femme
d'un certain âge qui me sourit, s'arrête et passe sa main dans ma cage. Je suis
sûre qu'elle ne s'intéressera pas à moi bien longtemps. D'ailleurs une préposée
se précipite sur elle pour la gronder :
«
Voyons, Madame, on ne met jamais sa main dans la cage d'un animal inconnu! Il
peut mordre! » - « Si nous devons être amies, elle ne me mordra pas. Si elle
mord, nous ne serons jamais amies. Autant le savoir tout de suite », répond la
dame. Tiens, un humain intelligent! Mais je ne veux pas lui faire confiance!
Tout s'est alors précipité. La dame d'un certain âge a dit que nous serions
amies. Une employée lui a demandé pourquoi elle voulait un chien, si son mari
était d'accord, si elle vivait en appartement, si elle travaillait, etc. Enfin
toutes les questions que l’on pose avant de confier un animal en adoption. Elle
a passé toutes les étapes de façon satisfaisante. On l'a alors enfermée dans une
cage vitrée et on m'a conduit vers elle pour la garder. J'ai vite sauté sur ses
genoux pour la prévenir de la traîtrise des humains de cette maison qui placent
tout le monde en cage et pour lui dire de garder courage.
Soudain, j'ai pensé à la pancarte qu'ils accrochent aux portes des cages. J'ai
couru pour voir si la vieille dame avait aussi obtenu un mois pour se faire
adopter. Mais rien n'avait encore été décidé. Pourtant, j'avais vu la
psychologue parler avec elle. J'étais inquiète, nerveuse pour
elle.
Un
quart d'heure plus tard,
on est venu nous chercher. On m'a remise dans ma cage et on a emmené la vieille
dame. La psychologue l'a revue, lui a dit que tout semblait en ordre, qu'il ne
lui restait qu'à payer quatre-vingt-cinq dollars, opération comprise (???)
et que Guidoune serait à elle. J'aurais aimé que vous voyiez la tête de la
vieille dame et que vous l'entendiez rire aux éclats au nom
de Guidoune :
«
Ce n'est pas vrai! Elle ne s'appelle pas Guidoune! Elle est bien trop belle
pour s'appeler Guidoune! Regardez là : fine, fière, racée! Je l'appellerai
PIN-UP! Tu viens ma belle?
»
C'est ainsi que j'ai quitté la SPA avec ma nouvelle
maîtresse.
Merci,
Mon Dieu...
(À suivre)

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Filou, par un
jour d'hiver où il faisait - 30o, est apparu sur le
rebord de notre fenêtre, maigre et les oreilles gelées. Nous
l'avons recueilli. C'était le début d'une histoire d'amour.
Depuis, il ne
nous quitte plus, même en vacances. Il a visité sept provinces
canadiennes, s'échappant parfois, revenant toujours. |
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Filou et les mouches noires |
1 000 km. au nord-est de
Montréal
Au pays
de Gilles Vigneault et de Jack Monoloy, Filou s'échappe dans un boisé
inextricable...
«... Je voulais voir la rivière Mingan,
Tous ses canards et ses sarcelles,
Alors je me suis fait la belle,
Et j’ai simplement foutu l’camp!
Clac, clac, clac, clac, clac,
Disaient les canards, les bouleaux et les sarcelles,
Fi-i-lou, disait le vent,
Pourquoi as-tu sacré ton camp? »
(Parler) Miaou! Je voulais
juste m’amuser un peu dans le bois près de la rivière. Mais Vigneault ne
nous avait pas parlé des nuées de mouches
noires, affamées, boulimiques, sanguinaires! J’ai dû revenir au bout de
dix minutes pour leur échapper. Et tous les trois, nous avons passé le reste de la journée à nous
gratter!

Gratte, gratte, gratte, gratte, gratte, gratte,
Disaient les canards, les bouleaux et les sarcelles,
Fi-i-lou, chantait le vent,
Souviens-toi d’la rivière Mingan!
(sur l'air de "Jack Monoloy")
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ET LES AUTRES...
Non, vraiment, tu n'es pas beau,
Monsieur le héron bihoreau!
Le cou rentré, l'échine voûtée,
Les yeux tristes et endormis,
Le plumage ébouriffé,
Tu ressembles à un débris,
Avec ton habit mité!
Tu parais tellement gelé,
Perché au bout de ton ponceau!
Tu serais plus réchauffé
Si tu marchais près du ruisseau!
La curiosité m'a poussée
À te chercher, la nuit venue.
Ce soir, je m'y suis décidée.
Mais, ma parole, j'ai la berlue?
Tu es là, fort bien
éveillé,
Chassant, cou et bec tendus,
Avec adresse et vivacité,
Vertes grenouilles, poissons dodus.
Tu es devenu très beau,
Monsieur le héron bihoreau.
Mais, depuis, je me pose une question :
Quand je dors, ai-je, moi aussi, l'air con?

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Ce jour-là mésanges,
chardonnerets, roselins picoraient allégrement. Toi, gentil petit écureuil
roux, tu grignotais les graines de tournesol tombées sous la mangeoire.
Soudain, les oiseaux disparurent comme par magie, et se dissimulèrent sous
les feuilles. Toi, tu réagis avec une nanoseconde de retard et je vis,
horrifiée, un épervier attaquer, les serres déjà prêtes à te cueillir. Tu
n’avais plus le temps de te cacher sous les ramilles. En un bond désespéré
tu te lanças contre l’érable et t’accrochas. L’épervier, désorienté, se
percha sur une basse branche, juste à côté de toi, devenu quasi invisible.
Sa tête dodelinait lentement, mais son regard glacé fouillait les
alentours, à ta recherche.
Menton collé à l’écorce, ventre plaqué contre l’arbre, queue dans le
prolongement parfait de ton échine, tu ne bougeais pas un poil, tu ne
cillais point. Je sentais ta peur et ton instinct de survie à fleur de
peau.
Cinq longues minutes s’écoulèrent dans une immobilité et un silence
absolus. Pas même un souffle de vent.
Puis l’épervier s’envola. Lentement tu soulevas la tête, regardas
prudemment autour de toi, frappas l’érable de trois coups de queue rageurs
et, en sautillant, retournas manger le tournesol que mésanges,
chardonnerets, roselins, réapparus comme par magie, faisaient tomber de la
mangeoire.

Et
cette année...
J'étendais du linge à ma
fenêtre quand dans un hurlement de KiK Kik KiK Kik rapides et très aigus,
j'ai vu passer à la vitesse d'un éclair une mésange à tête noire
poursuivie par un faucon émerillon.
Grâce à Dieu, un petit
arbre marquait l'orée du boisé, et la mésange fit un gymkhana effréné
entre les branches encore dénudées.
Est-ce l'exploit de la
mésange ou ma présence proche qui mit le faucon en fuite? Je ne sais, mais
j'aime à penser que c'est l'astucieuse mésange.
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Il
était là, près du bassin,
le petit faon
si jeune
si maigre
si seul
il était là, près du
bassin
le petit faon aux yeux tristes
il était là
abandonné
orphelin
si seul
j’ai appelé la police
- nous ne pouvons rien faire
j’ai appelé les pompiers
- nous ne pouvons rien faire
j’ai appelé le vétérinaire
- nous ne pouvons rien faire
j’ai appelé la société protectrice
- fermée le dimanche
j’ai appelé le ministère de la faune
- fermé le dimanche
il restait là, près du bassin
le petit faon aux yeux tristes
le lendemain matin…
il dormait là, près du bassin
le petit faon aux yeux voilés
sous les rosiers, près du bassin,
il dort pour l’éternité
le petit faon aux yeux tristes
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