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Mise à jour: 20 février 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RÉCITS -2

 

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La chaîne d'alliance

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Paix à toi, monsieur l'officier

 

 La chaîne d'alliance

Parcourant la France pour découvrir les secrets de leur art, les Compagnons sont de grands méconnus en Amérique. Pourtant, leur histoire remonte au moyen-âge et peut-être même avant.

Société initiatique, le Compagnonnage est plus qu'une école de formation professionnel, elle est une école de vie, une école de formation morale. "Travail et Honneur" résume leur vie. Amoureux de la " bel ouvrage ", au XXe siècle, les Compagnons sont toujours présents sur les chantiers de prestige : Rénovation de la statue de la Liberté (New York) – Charpente de la piscine olympique (Barcelone - 1992) – Immeubles de luxe (Antilles – La Réunion – États-Unis – Canada) – Tunnel sous la Manche (France - Angleterre) - Abbaye Saint-Benoît-du-Lac et son Église abbatiale (Québec - 1994) – pour n’en nommer que quelques-uns.
L’Europe compte de nombreux sièges compagnonniques. L’Allemagne et la Scand
inavie offrent, à leurs compagnons itinérants, des tours d’Europe ou du monde, en trois ans.
Au Canada, on retrouve les traces des Compagnons dans le vieux Québec et partout lorsque la taille de la pierre était nécessaire. Une étude est actuellement en cours sur l’émigration des Compagnons tailleurs de pierre en Nouvelle France au XVIIIe siècle.

La page '' Compagnons et Compagnonnages '' raconte, avec images , notre voyage en France parmi les Compagnons, à l'occasion du bicentenaire de naissance d'Agricol Perdiguier. Juillet 2005.

La chaîne d'alliance, roman historique vous présente trois hommes ayant vécu dans des siècles différents. Trois Compagnons accomplissant  leur Tour de France initiatique.

Jules, le décidé, tailleur de pierre au XVIIIe siècle.
Arthur-Napoléon, le poète, menuisier au XIXe siècle.
Maxime, l’astucieux, charpentier au XXe siècle.

Quelques extraits de la préface :

... j’en étais justement à m’interroger au sujet de la présence compagnonnique parmi les premières générations d’émigrants en Nouvelle... Or, au fil de quelques échanges avec des chercheurs canadiens et québecois, j’avais constaté que si cette présence avait été réelle et probablement significative jusque tard durant le XVIIIe siècle, elle n’avait pas eu une postérité permettant au Compagnonnage de continuer à exister dans la mémoire collective. De fait, aujourd’hui, c’est un sujet méconnu par la majorité des Canadiens, qui le confondent plus ou moins avec l’ancien système d’apprentissage ou qui leur apparaît comme éminemment exotique, totalement étranger à leur histoire et à leur culture...

 ... j’espère même que ce roman contribuera à sa manière à restituer une part jusqu’alors méconnue des racines des descendants d’émigrés français. Il n’est en effet que de consulter la liste de ces premières générations de pionniers, pour se convaincre que parmi les nombreux artisans français venus travailler, puis s’établir en Nouvelle-France, nombre étaient des Compagnons du Devoir. Car beaucoup de noms sont à l’origine non seulement des surnoms – le fait est connu –, mais aussi des surnoms caractéristiques des Compagnons – et ce fait-là est en revanche méconnu.

Ainsi, pour n’en prendre des exemples significatifs qu’à la seule lettre L, très riche à cause des agglutinations, « Labonté », « Ladouceur », « Lafidélité », « Laflamme », « Lafleur », « Lafranchise », « Lajeunesse », « Lajoie » ou « Lajoy », « Laliberté », « Lapalme », « Lapensée », « Lapierre », « Larose », « Latendresse », « Lavertu », « Laviolette », « Lavolonté » appartiennent incontestablement au répertoire – très restreint au demeurant, à peine plus de quarante formes – des surnoms caractéristiques des Compagnons tailleurs de pierre (et/ou « maçons » au sens ancien du terme). Que dire encore, rangé cette fois à la lettre D, de « Dudevoir » ? Ce n’est pas une forme de surnom recensée chez les tailleurs de pierre, mais il peut concerner dans sa généralité tous les autres métiers compagnonniques qui furent nécessairement représentés parmi les premiers émigrants : charpentiers, menuisiers, charrons, forgerons, cloutiers, couvreurs, etc., tous ou presque « du Devoir »....

 .. Dans tous les cas, je pense que nos « cousins » du Canada et du Québec (sans oublier la Louisiane !) découvriront au travers le roman de Ginette Fauquet un aspect important de cette mentalité ouvrière et populaire qui animait leurs ancêtres pionniers. Au-delà des nécessités tout simplement vitales qui pouvaient les pousser à se déplacer en France afin de trouver de l’embauche, l’esprit d’aventure qui les animait aussi ou les soutenait dans leurs pérégrinations, cet esprit-là est le même qui leur permit de traverser l’Atlantique et de braver les rudes conditions de vie qui les attendaient en Amérique. Mais ils y arrivaient aussi avec davantage que la rage de vivre chevillée au corps et le savoir-faire comme cloué aux mains : ceux qui étaient Compagnons du Devoir y arrivaient également avec une expérience concrète des réseaux transterritoriaux de solidarité. Car s’il était une différence encore plus fondamentale peut-être que les autres entre les compagnonnages et les communautés de métiers (les « corporations » pour employer un terme plus parlant) sous l’Ancien Régime en France, c’est qu’alors que les secondes avaient pour étroite limite et seul horizon l’enceinte de telle ou telle ville, regardant comme un « étranger » ou un « passant » plus ou moins indésirable l’habitant d’au-delà un jet de pierre de leurs faubourgs, les Compagnons entendaient librement embrasser le monde aussi loin que leurs pas pouvaient les porter, aussi loin que la fraternité savait s’affronter au chômage, à la maladie et aux coups du sort… Aussi loin et aussi longtemps que la longue chaîne d’alliance des enfants de Jacques, Soubise et Salomon trouvait de nouveaux maillons… 

Jean-Michel Mathonière

Allez découvrir ses recherches sur le Compagnonnage :

http://www.compagnonnage.info/

 

 

(p62) ...

— C’est vrai que tailler, façonner la pierre est un noble métier. C’est Maître Grégoire Lepouëllec qui m’a donné l’amour du granit. Et vous, monsieur Bruat, qui vous a appris à l’aimer au point d’y consacrer toute votre vie?
— Je suis né à l’ombre de la cathédrale de Chartres. Mon père en était le sacristain. Il m’emmenait toujours avec lui pour sonner les cloches, inspecter chaque recoin à la recherche de la moindre réparation à faire. La cathédrale me fascinait. Dans mes jeux, j’amoncelais pierres sur pierres pour essayer de la reproduire. Mes murs, si petits étaient-ils, s’effondraient toujours. Impossible aussi de réussir un arc plein cintre ou brisé. Un jour, je devais avoir six ou sept ans, j’ai demandé au curé André Legrand, ce qui se passerait quand Dieu, fatigué, arrêterait de garder toutes ces pierres entre ses mains, pour les retenir ensemble. Il a bien ri ! Il m’a donné mes premières notions d’architecture. À partir de ce moment, j’ai cessé d’entasser des cailloux, j’ai commencé à dessiner la cathédrale puis les détails de chaque chapelle. D’abord sur la terre, puis sur des pierres plates. Le curé me donnait quelquefois du papier. Quand j’ai eu douze ans, voyant que ma passion ne me quittait pas, il a conseillé à mon père de me placer chez un tailleur de pierre. J’ai fait mon apprentissage chez Maître Francoeur d’Avignon, Honnête Compagnon Passant. Que Dieu ait son âme! Il m’a enseigné la pierre sous tous ses aspects : la perfection des grains qui la forment, la beauté de ses couleurs, le plaisir de la palper, de la soupeser, sa chanson lorsqu’on la sculpte, son goût lorsqu’on la caresse du bout de la langue, et même son odeur, à peine perceptible quand elle est sèche, mais bien spécifique quand elle est mouillée. Les yeux fermés, on peut les différencier les unes des autres. Vous savez déjà de quoi je parle, Jules, puisque vous avez été capable de reconnaître le granit de Saint-Étienne quand vous êtes allé voir la Chapelle Saint-Marcel.
— C’était facile! Je l’avais travaillé pendant deux ans.
— Vous allez entrer dans la société du Devoir. Mais attention : gardez-vous, comme compagnon, de vous croire supérieur. Chacun a sa valeur propre. Un des drames du compagnonnage est justement ce comportement méprisant face aux autres Sociétés et aux autres professions. Cet ostracisme mène à de sanglantes batailles, ternit notre image et la déshonore. Pourtant! Le terme «Compagnon» ne veut-il pas dire, étymologiquement : celui qui mange son pain avec?
C’est vrai, j’oubliais : mon épouse aimerait que vous veniez, demain soir, souper7 à la maison, pour fêter votre nouvelle vie : l’apprentissage a formé le tailleur de pierre, le tour formera l’homme.
— Remerciez madame Bruat. Je viendrai avec plaisir. Connaissez-vous l’auberge Saint-Michel?
— C’est l’auberge des tailleurs de pierre du Devoir. Quand j’ai fait mon tour de France, je m’y suis arrêté. Dans ce temps-là, c’était La Rose de Dieulefit, Compagnon Passant, qui la tenait. Par la suite, son fils l’a reprise.
— Comment peut-on travailler la pierre et tenir une auberge en même temps?
— La Rose était propriétaire du fonds de commerce. Son épouse, la Mère*, en était l’économe. Elle voyait à l’hôtellerie, la cuisine, le maintien de l’ordre.
— C’est un grand hôtel?
— Il y a vingt-cinq ans, c’était une bâtisse de trois étages. Elle s’est un peu modernisée, mais a conservé ses quatre chambres par palier, louées aux voyageurs et aux compagnons. C’était, c’est encore, le siège du Devoir. C’est là que se trouve le Rôle*. On y rencontre des menuisiers et quelquefois des serruriers Dévoirants*.
— Qu’est-ce que c’est que le Rôle, dont j’ai souvent entendu parler et que personne ne veut m’expliquer?
— Le Rôle, c’est le Maître. Il faut être Compagnon pour le voir.
— Mais encore?
— Ne posez plus de questions, le Questionneux. Attendez d’être reçu.

7. En France, on prend le petit déjeuner le matin, le déjeuner à midi, le souper le soir.

* Voir glossaire

 (Préface de Jean-Michel Mathonière, spécialiste des compagnonnages de métier.

 

 

Éditions David (Ottawa) – 20.00$
Éditions La Vouivre (Paris) -
20.00

 

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Paix à toi, Monsieur l'officier


Paris. 1944. La France est occupée. Nous n’avons presque plus rien à manger. Ce jour-là, je suis allée chez ma tante et dois rapporter à la maison une valise de gros sel que ma mère échangera contre un peu de beurre et, si elle a de la chance, un peu de viande. Nous habitons en banlieue de Paris.

Arrivée à la gare: plus de train. Les Allemands ont réquisitionné les voies pour leur propre usage. Je prends l’autobus qui me laisse à huit kilomètres de chez nous. Un bien long trajet avec une valise si lourde! Stoïque, je pars. Pour me reposer, je suis obligée de m’arrêter tous les cents mètres.

« Où allez-vous comme cela, Mademoiselle? Et qu’avez-vous dans cette valise? »
Un bel et grand officier allemand se penche vers moi et me parle dans un français impeccable. Je sais que je risque l’arrestation et, avec ma mère, le camp de concentration.
« Je reviens du lycée avec mes livres et il n’y a plus de train pour Villeneuve-Saint-Georges » Je suis terrorisée, mais essaye de ne pas le montrer.
« Donnez-moi cette valise. C’est bien trop lourd pour vous. Quel âge avez-vous? »
« Treize ans »
« Incroyable ».

Et l’officier, portant ma valise, m’accompagne jusqu’à chez nous.

Arrivés à la maison, je sonne. Ma mère pâlit. Très vite je dis :
« Maman, cet officier m’a aidée à porter ma valise de livres »
« C’est très gentil à vous, Monsieur l’officier »
« Madame, vous ne devriez pas permettre à une enfant si jeune de se promener seule sur les routes. C’est très dangereux, en temps de guerre. Mes hommages, Madame »

Il salue, claque des talons et s’en va. Nous nous jetons dans les bras l’une de l’autre.


Il y a des braves gens partout.

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